Kangourou

Une incompréhension à l’origine du nom « kangourou » !

Le kangourou est un animal à part : plus gros marsupial du monde, capable de réaliser des bonds de plus de trois mètres ou encore se déplacer à soixante kilomètres par heure, ses prouesses physiques sont connues de tous. Mais l’attribution de son nom comporte une anecdote relativement peu célèbre et qui mérite plus de visibilité. Alors, pourquoi le kangourou s’appelle-t-il comme ça ?

Comme nous le savons depuis l’école primaire, le kangourou est un animal qui vit essentiellement en Australie. Or ce pays a connu une période de colonisation très intense de la part de l’Angleterre. En effet, à la fin du XVIIIe siècle, Londres possède la plus grande flotte maritime militaire au monde et compte bien s’en servir pour étendre son pouvoir. C’est dans ce contexte que James Cook est envoyé en mission pour le compte du Roi Georges III en 1768. Deux ans plus tard, il pose le pied sur les terres de ce qui constitue aujourd’hui l’est de l’Australie et qu’il baptise la Nouvelle-Galles-du-Sud. Se lance alors une phase d’installation d’une colonie anglaise dans ces lieux. Ce processus est accéléré par la perte rapide des Treize Colonies, qui se révoltent de l’autre côté du monde pour prendre leur indépendance et devenir les États-Unis d’Amérique, menées par un certain George Washington.

Voilà donc l’Angleterre affaiblie par la perte de sa plus grande colonie. Sa situation géopolitique et économique s’en trouve fragilisée et il est nécessaire pour elle de rapidement pallier ce manque à gagner si elle veut conserver sa place de pays le plus influent du monde. Ces nouvelles terres prises par Cook semblent alors être une bonne solution de replis. Comme le trajet est long et périlleux, et qu’en plus de cela le pays fait face à une surpopulation carcérale, la décision prise par les autorités est toute trouvée : les représentants du pouvoir font le tour des prisons et proposent un choix simple aux misérables qui s’y trouvent. Ils peuvent soit rester derrière les barreaux en Angleterre jusqu’à la fin de leur peine, soit quitter le pays libre en embarquant pour la nouvelle colonie et repartir à zéro dans une autre vie. Cette proposition est également faite à tous les nuisibles de la société, comme les prostituées.

Bien évidemment, la seconde option remporte un franc succès et les bateaux se remplissent rapidement de personnes désireuses de quitter leur vie de malheurs et l’Europe. Les premiers d’entre eux transportent mille personnes, dont seulement deux cent dix soldats. Ils arrivent dans le courant de l’année 1788 et se mettent au travail : il faut tout construire, tout organiser, tout créer.

Avant le grand départ, des cahiers sont distribués aux premiers colons. Ceux-ci reçoivent une tâche simple, mais ô combien importante pour les autorités anglaises : écrire tout ce qu’ils observent dans ces nouveaux territoires encore largement inconnus. En effet, seules les terres proches de la mer sont découvertes et le reste demeure un gros point noir sur les cartes de l’époque. On ne sait pas quelle est la taille de la colonie ni par quoi elle est habitée.

C’est donc dans ce but que les premiers lettrés tiennent un journal où tout ce qui se passe sous leurs yeux, même les évènements les plus banaux, est couché sur papier. Un jour, l’un d’eux se balade et observe un étrange animal, jusque-là inconnu. Celui-ci possède deux longues pattes arrière et semble muni de deux bras minuscules. Plus incroyable encore pour le colon : la bête abrite son petit dans une poche placée sur son ventre et se déplace en sautant avec sa progéniture ! Il dessine alors ce qu’il voit et va trouver un aborigène pour lui demander ce qui est représenté sur son dessin. Le chef local, qui ne parle évidemment pas l’anglais, lui répond kangaroo. Le sujet du Roi note donc ce nom au-dessus de son croquis et reprend la mer afin de rentrer au pays et faire état de ses découvertes aux autorités restées en Europe.

Une fois arrivé à Londres, il passe en revue tout ce qu’il a pu découvrir, jusqu’à arriver à la page du fameux kangaroo. Comme cela avait été le cas pour le colon en Australie, les personnes dirigeantes en Angleterre n’en croient pas leurs yeux et il faut insister pour qu’ils finissent par accepter que cet animal existe bel et bien. Le nom est depuis passé dans la langue anglaise, mais aussi en Français, en Néerlandais, en Allemand, etc. où des variantes de ce nom définissent le marsupial. Ce que ne savaient ni le colon ni les personnes qui ont reçu le cahier du dessin, c’est que kangaroo dans la langue aborigène locale, cela se traduit par je ne comprends pas. L’animal que nous connaissons tous aujourd’hui porte donc un nom qui émane d’un malentendu et d’une incompréhension mutuelle entre un chef local et un colon britannique.

La colonisation mondiale par les Européens aux Temps modernes faits sans aucun doute possibles partie de la grande Histoire, celle que l’on enseigne dans les écoles. Ce que l’on divulgue moins, ce sont les milliers d’anecdotes qui, ensemble, forment les grandes lignes de l’Histoire. Celle du kangourou est l’une d’entre elles, et une des plus savoureuse.

Chats impudiques, chats diaboliques ?

Chats impudiques, chats diaboliques ?

Chats impudiques, chats diaboliques ?

Les bestiaires – livres des natures des animaux – étaient légion au Moyen Âge ; moralisateurs, ils contaient toutes sortes de fables sur des animaux réels ou imaginaires (comme les licornes), dotés la plupart du temps de traits anthropomorphiques, affichant des attitudes typiquement humaines. Leur fonction était de livrer un enseignement propre à la morale chrétienne, notamment en mettant en scène des écarts de comportements afin d’illustrer les sermons. Les animaux ont ainsi été largement représentés dans la littérature – l’exemple paradigmatique étant probablement le fameux Roman de Renart – mais aussi dans d’autres formes artistiques (livres d’heures, tapisseries, blasons, peintures murales, médaillons, sculptures sur bois, en pierre, en métal, etc.).

On peut y retrouver une pléthore de figures familières tels que les animaux de la ferme (cheval, bœuf, âne, chèvre, mouton, poule – et par conséquent, le renard qui n’est jamais très loin des poulaillers est présent aussi), les animaux domestiques (chien et chat), les oiseaux, les serpents (ainsi que les dragons), les poissons, les animaux de la forêt (cerf, ours, biche, sanglier,…), les petits rongeurs, les animaux exotiques des ménageries (lion, singe, éléphant,…).

L’animal, une créature de Dieu

Dans la Bible, si l’homme a été créé à l’image de Dieu, il l’a été aussi « afin qu’il règne sur tous les animaux » selon l’interprétation de beaucoup de courants théologiens. La foi chrétienne médiévale, imprégnée de la pensée de Saint Augustin, a instauré des rapports très hiérarchiques entre l’homme et les animaux, ces derniers étant considérés comme des êtres inférieurs et imparfaits. Et comme on le sait, l’opposition manichéenne entre la lumière et l’obscurité est très symbolique dans la religion. Dieu est lumière, Satan est ténèbres. Époque très superstitieuse, le Moyen Âge a catégorisé les animaux en fonction de ces prismes. Les animaux vivant la nuit, voyant dans le noir, ne pouvaient qu’être d’origine diabolique, des ennemis de Dieu. Chouette, chat, renard, crapaud, chauve-souris,… ont eu ainsi mauvaise réputation, mais le chat – surtout à robe noire – plus qu’aucun autre animal, a vraisemblablement beaucoup souffert de ces superstitions.

Les félins, ces suppôts du Malin

Associés à Satan, les chats noirs furent les plus persécutés durant le Moyen Âge, et à moins d’avoir une petite tache blanche sur leur fourrure, appelée dans ce cas « marque de Dieu », on les faisait disparaitre.

En 1233, une bulle pontificale (acte scellé émis par le pape) du pape Grégoire IX déclara le chat être un « serviteur du Diable ». Grand dormeur paressant le jour, chassant la nuit, avec en plus un fameux appétit sexuel au vu de sa rapide reproduction, le chat avait tout pour s’attirer les foudres de la « morale ». Alors quand à la même époque l’Inquisition se mit en action, qu’il y eut toutes sortes de procès de sorcellerie, les chats se retrouvèrent au banc des accusés au côté des femmes. Un siècle plus tard, leur sort empira.

Le pape Innocent VII intensifia en effet cette persécution féline, et en 1484, ce fut au tour d’Innocent VIII de renforcer les chasses aux sorcières, condamnées au bûcher avec leurs chats, ces deux « races » d’origine diabolique faisant la paire.

Pour en revenir aux reproductions artistiques des chats, certains détails incongrus méritent d’être relevés… et comment ne pas mentionner les innombrables représentations de chats occupés à faire leur toilette, sérieusement appliqués à nettoyer leurs parties intimes ?

Les moines décoraient en effet très souvent les pages de leurs livres manuscrits. Il est difficile d’expliquer pourquoi exactement les chats sont si souvent dessinés en train de se lécher. Nous pourrions supposer la survivance de l’esprit des fabliaux qui visait à faire rire, le besoin des moines de légèreté et de détente. D’un autre côté, le fait que des créatures se lèchent les parties intimes d’une manière aussi impudique renforçait l’étrangeté qui leur était associée et l’opinion superstitieuse voyant les félins comme des suppôts du diable, des êtres anormaux et impurs…

Auteur : Mélanie Castermans

UneHansLeMalin

Un mystère jamais éclairci : les chevaux calculateurs

Quelques énigmes du comportement animal sont parfois irritantes. Car elles invitent à nous interroger sur la présence d’une intelligence secrète, de ce fameux « sixième sens » jusqu’ici inexplicable. C’est notamment le cas des « animaux calculateurs » dont le mystère n’a jamais vraiment été éclairci.

Les expertises sévères qui furent effectuées à l’époque pour s’assurer qu’il n’y avait aucune trace de supercherie ne purent jamais démentir les résultats spectaculaires constatés, qui semblaient relever de dons surnaturels.

Les premières constatations de ce phénomène remontent au début du 20e siècle. L’Allemand Köhler s’était amusé à enseigner à divers oiseaux de rudimentaires notions de calcul. Il les obligeait à ne picorer qu’un nombre de graines déterminé et à reconnaître ce nombre précis. Il obtint ainsi le résultat suivant : les pigeons arrivaient à compter jusqu’à 5, les choucas jusqu’à 6, les corbeaux et les perruches jusqu’à 7. Résultats encourageants quand on sait que dans certaines tribus d’hommes primitifs, la numération s’arrête au chiffre 3.

Mais la curiosité du monde scientifique fut piquée au vif lorsque furent connues, en 1910, les incroyables performances des chevaux d’Elberfeld, en Allemagne.

Wolfgang Köhler

Soustractions et additions

 L’aristocrate Wilhelm von Osten avait appris à lire et à compter à un étalon appelé Hans. Pour exprimer un mot, ce cheval frappait le sol avec son sabot selon un code simpliste : un coup pour A, deux coups pour B, etc. Mais c’est surtout comme calculateur que cet animal fit parler de lui. Lorsqu’on écrivait un nombre sur le tableau noir devant lui, le cheval s’exprimait de la même manière, en frappant sur le sol un nombre de coups correspondant. Avec cette nuance de poids : le sabot droit indiquait les dizaines, le sabot gauche les unités.

Jusque-là, un bon dressage suffit à expliquer ce comportement conditionné. Mais c’est lorsque son maître se décida à lui apprendre des opérations mathématiques que l’étalon fit montre de facultés réellement stupéfiantes. Ayant très rapidement assimilé les chiffres, Hans se mit à effectuer des additions.

Lorsqu’on écrivait sur le tableau devant lui 15 + 20, il tapait trois fois du sabot droit (les dizaines) et cinq fois du sabot gauche (les unités).

Très vite, il put discerner la différence entre + et -, et il se montra aussi à l’aise dans les soustractions que dans les additions.

Quatre jours d’entraînement suffirent à le familiariser avec les multiplications et avec les divisions. Au bout de quatre mois, il pouvait extraire des racines carrées et cubiques ! Il pouvait aussi épeler des mots et identifier des notes de musique pour autant que toutes les questions qu’on lui proposait soient préalablement converties en nombres

Wilhelm von Osten

Même en l’absence du maître

La nouvelle se répandit dans toute l’Europe et jusqu’aux États-Unis. Des savants de toutes les disciplines accoururent du monde entier pour se rendre compte sur place du prodige. Psychologues, philosophes, officiers de cavalerie, directeurs de cirque, vétérinaires se succédèrent autour de Hans pour tenter de lui arracher son secret.

Un peu effrayé par tant de notoriété et supportant mal le climat de suspicion dont on l’entourait, von Osten vendit son cheval à un bijoutier du nom de Kral. L’étalon refit volontiers pour son nouveau propriétaire toutes les opérations mathématiques auquel on le soumit. Piqué au jeu, Kral entraîna deux autres chevaux, Muhamed et Zarif, qui se montrèrent aussi doués.

Un psychologue suisse, Claparède, tenta par tous les moyens de démasquer une éventuelle supercherie. On sait que dans les foires et dans les cirques, des animaux calculateurs ont souvent été présentés, mais il s’agissait chaque fois d’un simple numéro de dressage : les animaux « savants » obéissaient à un geste imperceptible de leur dompteur dès que celui-ci leur ordonnait, le moment opportun, d’arrêter de frapper de la patte ou du bec.

Rien de semblable n’est apparu dans le cas des chevaux d’Erberfeld, qui étaient capables d’effectuer leurs opérations même en l’absence de leur maître. Quel que soit l’expérimentateur, les résultats étaient toujours aussi probants.

Karl Krall avec Muhamed et Zarif, en 1908.

À la frontière de l’inexplicable

 Un professeur de mathématiques allemand, Hartkopf, isola « Hans le malin » — le surnom qu’on lui avait donné – dans une pièce, sortit de sa poche l’enveloppe contenant les « colles » qu’il allait poser à l’animal et qu’il transcrivit sur un tableau, seulement visible du cheval. Il tendit alors au jury des observateurs (dont était absent le propriétaire du quadrupède) la copie des mêmes opérations à effectuer par eux.

Le cheval découvrit la réponse juste de « racine quatrième de 456.776 », soit 26 et cela en une dizaine de secondes, bien avant le plus doué des mathématiciens de l’assistance.

La polémique se mit à sévir avec tant de rage autour de ces prouesses que l’empereur Guillaume II lui-même ordonna une enquête sur le « cas Hans » pour s’assurer qu’il n’y avait pas eu tricherie et pour faire taire la controverse. Mais, comme c’est souvent le cas, cette affaire pourtant passionnante finit par passer au second plan, éclipsée par des événements autrement dramatiques, en l’occurrence la déclaration de la Première Guerre mondiale.

En l’absence de toute explication rationnelle, certains ont évoqué la possibilité d’un phénomène médiumnique, ce qui soulève la hasardeuse question de l’existence d’un métapsychisme animal.

Ce que l’on a appelé plus tard « le phénomène de Hans le malin » désigne à présent l’interprétation de signaux subtils envoyés inconsciemment par le public présent. Dans le cas des chevaux d’Eberfeld, y a-t-il eu interférence entre la pensée humaine et la « pensée » animale ? Un quelconque phénomène d’hypnose, de télépathie, de transmission de pensée, a-t-il joué ? Un mystère ne ferait dans ce cas qu’en remplacer un autre.

Les recherches n’ont jamais été poussées plus loin et c’est sans doute regrettable. L’énigme reste entière d’autant que les cas d’animaux calculateurs sont devenus fort rares. Un chien calculateur connut également son heure de gloire, il y a quelques années, lorsqu’on apprit que c’était lui qui donnait chaque jour une leçon de calcul aux deux filles de sa maîtresse et les aidait à résoudre leurs devoirs de mathématiques.

Nous rejoignons ici la frontière troublante où psychismes humain et non-humain se confrontent d’une manière inexplicable.

Hans le malin en 1910
Afin de rejeter des suspicions de triches, on fit mettre à Hans des œillères